Au pied de l’If Majestueux
Crânes et squelettes reposent
Abandonnés et sereins
Dans la fraîcheur de la plaine.
Assis sur une haute branche
Le nouveau-né sourit
Adossé à l’éternité.
Une nouvelle fois Yggdrasil apparaît, mais ici dans son ambivalence, la révélation du lien qui unit et sépare notre devenir personnel et intérieur, genèse en nous de Tir Na Nog. Nous découvrons les coques vides, les vestiges de notre ancien monde.
Après la récolte vient le tri, la mort de tout ce qui ne peut être assimilé, la combustion lente des coques inutiles de la récolte. Si Isa « gelait » le temps et Jera le mettait à profit dans une production, ici le temps se condense dans notre croissance intérieure. De Nauthiz l’If a appris la frugalité, d’Isa la verticalité et la force du silence, de Jera le travail au moment opportun de la récolte. Il prend conscience de l’ambivalence de la mort (l’abandon des formes obsolètes) et de la vie (la genèse de nouvelles formes de conscience).
Dans Isa nous avions pris conscience d’une verticalité radicale. Dans Jera ce rayon vertical a irradié pour produire la récolte. Ici dans Eihwaz les deux glyphes se combinent : les deux « bras » séparés de Gera toujours dextrogyres assurant la dynamique se fixent en haut et en bas d’Isa. La stabilité retrouvée d’Isa engendre une croissance progressive simultanée et équilibrée des racines (oblique inférieure) et des branches (oblique supérieure).
Il y a combustion lente, continue, élaboration progressive de notre héritage intérieur par le travail de la sève, nourrie des nutriments du sol et aspirée vers les ramures qui se dressent vers le ciel et dessication des écorces périmées. La force du feu assure le moteur de la croissance, la forme de la glace tempère et procure les matériaux
Cette rune nous parle à la fois de croissance et de mort.
Croissance mesurée et équilibrée entre notre moi conscient, la lumière, le Feu, nos ramures et notre partie souterraine nos racines dans la profondeur (notre inconscient, notre part d’ombre, la glace). Apoptose des parties de notre être obsolètes, coques vides retournant à la terre pour la féconder. Il y a dans Eihwaz une notion de travail lent, persévérant.
Si cette rune est bien comprise ce passage sera insensible voire libérateur : cranes et squelettes gisant dans l’herbe ne nous concernent plus car nous ressentons en nous la gestation de l’enfant intérieur.
La conscience des deux temps est primordiale, quelle que soit la force de notre motivation il est important de respecter le tempo de la vie profonde qui coule en nous en se concentrant sur ce qui assurera la croissance et la persistance de notre Yggdrasil intérieur. La genèse se fait dans l’obscurité, dans notre profondeur : nous devons sentir ce travail souterrain en acceptant de ne pas le perturber par notre volonté personnelle
