Avant le commencement étaient le Feu et la Glace.
Le Feu énergie expansive du royaume Muspelheim, la Glace énergie constrictive du royaume de Niflheim. Et entre les deux l’Abîme (Ginnungagap) lieu de chaos et de genèse dans lequel la rencontre de ces deux forces engendrera l’univers.
Si ce récit concerne le macrocosme, il concerne tout autant notre microcosme : à cette origine cosmogonique répond notre origine ontologique. Feu et Glace se sont combinées en nous lors de notre ontogenèse dans la profondeur de l’abîme de l’Être. Cette genèse se poursuit jour après jour, scandée par l’entrelacs des forces originelles au rythme des 24 Runes du Futhark, déterminant stases et dynamiques qui engendrent notre destin.

Ainsi vécu le chemin du Futhark décrit une gestation, une Alchimie Spirituelle caractérisée par les points suivants :
– Interaction de deux forces complémentaires et non hiérarchiques : le Feu (énergie du Ciel) et la Glace (énergie de la Terre). Le feu comme impulsion première à Être et la Glace comme manifestation formelle.
– A ces deux forces mises en œuvre dans notre microcosme, moteurs de notre métamorphose répondent d’autres complémentarités que sont les énergies masculines et féminines, moi conscient et inconscient, qui devront se conjuguer au fur et à mesure de notre évolution.
–  Dissolutions et coagulations successives dans les 24 runes du Futhark : certaines Runes dissolvent, fragmentant les agrégats sous l’action du Feu, d’autres coagulent recréant une nouvelle forme sous la prédominance de la glace. Chaque dissolution intérieure prépare la coagulation d’une nouvelle forme qui sera ultérieurement dissoute à son tour.

– Transmutation de la totalité des formes de conscience qui nous déterminent ce qui signifie également réorientation progressive de tout ce qui constitue notre vie, les expériences intenses tout autant que le quotidien amenant à une appariation de notre destinée personnelle et intérieure.
– Genèse cyclique dans la métamorphose de notre complexe psychosomatique et l’émergence progressive en nous de Tir Na Nog, chaque cycle parcouru implantant plus intensément en nous cette nouvelle conscience et en implémentant plus fortement ses manifestations.
Dans ce voyage aux polarités complémentaires du Feu et de la Glace, de l’immatériel et du matériel, de la conscience et de la nature, de la Force et de la Forme, répondra l’alternance féconde entre les changements de notre monde intérieur et notre devenir humain. Si le Feu est indispensable pour apporter la vie et féconder la forme, en excès il dévore cette forme ; si la Glace permet de façonner toutes formes, en excès elle engendre nécrose et mort.
Excluant ainsi tout dualisme dans la transformation que jalonnent les 24 runes du Futhark cette tension deviendra insensiblement moteur dynamique trouvant sa résolution dans la prise de conscience de Tir Na Nog cet espace sacré bien réel en nous même s’il échappe aux catégories habituelles de l’espace et du temps.
En lui s’effectue la réintégration à l’issue du voyage et de la métamorphose intérieure tracée par les runes et animée par la gestation produite par la conjonction des deux forces représentées par le Dolmen (le Feu) et le Menhir (la Glace) au cœur du site.

Dans un tel processus la Magie dont il est question n’est pas l’utilisation d’une volonté projetée dans une ou plusieurs runes mais la participation active au flux et au reflux du moment incarné par ces Runes : on accompagne mais on ne manipule pas les runes. Une telle magie demeure intimement liée à l’accomplissement de notre genèse intérieure dans lequel devenir personnel et métamorphose intérieure sont indissolublement liés.
Il est possible de considérer que le Futhark ne peut être compris que dans son contexte et il existe d’excellents sites et ouvrages répondant à cette vision en le replaçant dans son biotope historique, mythologique ou philosophique. Mais il est également possible d’estimer que ce message transcende le terrain qui l’a vu naitre et touche à l’universel et l’intemporel.
C’est cette lecture du cycle des runes que j’expose ici, décrivant simplement comment ce qui m’a été transmis puis vécu se révèle dans la progression cyclique des 24 Runes par une description imagée de la façon dont les runes révèlent un itinéraire intérieur en s’attachant à suivre pas à pas le chemin qu’elles décrivent.
Ni méthode ni analyse, il s’agit d’un témoignage décrivant comment le Futhark devient un « révélateur », une source d’inspiration. Car le Futhark comme tout ensemble symbolique inspiré trouvant ses racines dans l’universel ne peut se révéler en chacun de nous que dans la particularité de son destin, le processus de création intérieure que les Runes décrivent ne se concevant que dans la globalité de notre être.
Ceux qui ont perçu une telle réalité soit de façon fugitive soit comme une certitude imprégnant et orientant leur vie se reconnaîtront dans ce témoignage.