Une Mer sans fin
Un point minuscule perdu
dans l’immensité des possibles
Infime vaguelette ballotée
au gré des courants
Aspiré vers l’infini
Tu t’abandonnes consciemment.
Et en devenant Rien
Tu célèbres tes noces
Avec le Tout
Dans Laguz nous prenons conscience à la fois de notre insignifiance au sein de l’immensité et la profondeur de l’Océan mais également de notre union profonde avec cette Vie.
Laguz se compose d’une tige verticale surmontée d’un crochet qui descend vers la droite. Là où Tiwaz en début de cycle évoquait une force ascendante et Mannaz un équilibre horizontal nous voyons ici un courant descendant comme une cascade, une plongée dans un monde inconnu. L’absence de fermeture du glyphe comme dans Wunjo exprime une notion d’ouverture complète sans isolation, mais alors que Wunjo établissait une joie profonde, nous sommes ici confrontés à un sentiment « océanique » avec la conscience d’une fusion dans le « Grand Tout » mais aussi un risque de dilution de notre individualité
Si Mannaz indiquait une conjonction entre le Feu et la glace, dans Laguz le Feu a fondu la Glace en eau. Le Feu représente la direction, l’impulsion profonde qui nous guide, la glace sous sa forme d’eau à la fois un retour à l’origine, l’indifférenciation et une nourriture pour la forme créée en Mannaz.
La tendance de la Glace sous sa forme océanique est une tendance à l’union, à la fusion dans l’infini des horizons et de la profondeur alors que le Feu manifeste dans sa verticalité l’affirmation d’une singularité, d’une différentiation.
Dans la rune précédente s’est concrétisée la forme de l’Homme, incarnation consciente de la Vie. Mais ce qui s’est manifesté est confronté ici à une force primordiale de dissolution. Dans la perte acceptée de ce qui a été si chèrement conquis nait le gain d’une plénitude nouvelle riche de mille possibles.
En effet cette forme n’est pas définitive, elle représente encore une séparation : la complétude engendrée en Mannaz doit entreprendre la navigation vers Tir Nan Ogg sans se perdre, l’aiguille de la boussole de Tiwaz lui montre la direction.
Nous approchons de la fin du cycle, et Laguz est là pour nous purifier des dernières latences résiduelles. Ici tout peut être remis en question dans la confrontation avec : la grande Mer de l’Inconscient la « Conscience Océanique ». Nous ne devons ni nous perdre dans cet océan en une forme de retour à la conscience chaude des origines ni refuser de nous engager dans des eaux inconnues. La conscience de la forme intérieure vécue dans la rune précédente va s’estomper mais l’essentiel, la perception intuitive de la Réalité intérieure demeure.
Si dans Mannaz nous avons acquis une stabilité dans notre voyage, Laguz nous confronte à des marées, des flux et des reflux issues de nos profondeurs, des courants puissants qui peuvent nous entrainer là où ne souhaitons pas aller. Cette prise de conscience, l’acceptation et la participation à de tels courants sans renoncer à notre Être profond est indispensable pour nous mener à l’aboutissement.
De façon paradoxale, alors que la confrontation spatiale avec cette immensité fait de nous un infiniment petit, l’émergence d’une conscience nouvelle en cette fin de cycle embrasse l’infiniment grand.
Il y a ici une nouvelle forme de conjonction, d’Union entre la finitude de notre conscience humaine et la profondeur insondable de la grande Vie : nous devons nous y plonger afin d’en sortir régénéré
