Une grêle subite
Tu avances sans crainte
Devant toi se dresse le Gardien
Tu demeures Immobile
La Rune apparaît
Le Gardien s’efface
Grêle et la glace disparaissent
La cascade revit
Le Rossignol chante
Comme l’eau tu poursuis ton chemin
En ce début de second cycle les épreuves qui se dressent devant nous sont les agrégats de conscience, les forces réactives qui se coagulent dans le Gardien.
Par la force du Silence il s’efface et le chemin de la métamorphose continue.
Dès le premier regard nous comprenons que la route est barrée. La direction illustrée par la pointe, la voile de Wunjo se heurte à un obstacle. La dynamique des deux grands piliers de Force est entravée par la barre oblique tendant à emprisonner les flux d’énergie : c’est la grêle.
En ce début de cycle si le glyphe de Fehu du premier Aett montrait une direction verticale, bras dressés vers le ciel, ici l’oblique est dirigée vers le bas, montrant le chemin vers l’incarnation de la Force au sein de la forme.
L’Aett précédent s’était terminé par une conjonction initiale en nous des deux Forces fondamentales, dans laquelle Feu et Glace se conjuguaient en une première harmonie dynamique dans la joie de Wunjo. En ce début du second cycle, l’Aett de Hagall, nous sommes confrontés à une rupture. Ici tout est remis en question, la vision d’un ordre intérieur et extérieur ressentie en Wunjo se heurte au chaos : la grêle obscurcit le chemin ressenti.
Nous devons cependant garder à l’esprit que cette rupture, l’épreuve après la plénitude n’est ni une sanction ni un coup du sort. Elle advient parce que dans ce second Aett, ce qui a été perçu et conscientisé dans le premier Aett doit s’incarner plus profondément, impliquant tout ce que nous sommes, pensons être et ignorons être.
La fin du premier Aett se déroulait sous le signe du Feu, Feu de Kenaz partagé en Gebo, Feu de l’enthousiasme en Wunjo. Ici la grêle qui est fille de la glace cherche à emprisonner ce feu dans une restriction de l’élan premier rencontré dans le premier cycle.
La première conjonction établie dans le Cycle antérieur est obsolète, l’équilibre imparfait. Il y a donc ici un chaos initial, rappelant le chaos des origines. Mais si le Feu est captif dans la glace sa nature n’est pas perdue. Il représente la certitude implémentée en nous durant le cycle précédent, la glace la coagulation des résistances intérieures.
Ici apparait l’ambiguïté de l’épreuve, à la fois comme arrêt et purification et défi. Si dans un premier temps le chaos dans lequel nous sommes plongés semble incompréhensible, voire injuste, il y a une partie de nous dans notre profondeur qui sait qu’il est indispensable pour une nouvelle genèse. S’attacher au déroulement des phénomènes qui nous assaillent est sans effet. Ce qui doit être renforcé ici est notre faculté de concentration émanant du feu, l’impulsion initiale dont nous avons ressenti la présence en Wunjo.
Cette glace prend la forme du Gardien, l’Ombre, le moi déshérité coagulation de l’ensemble des forces réactives laissées pour compte dans le premier cycle. Et le pont sur lequel le gardien se dresse est représenté par la barre oblique du glyphe, mince passerelle entre deux pics vertigineux. Ce gardien n’est pas une force étrangère et hostile : si nous ne sommes pas prêts, que nous n’avons pas mené à terme le travail du premier Aett, il nous barre le chemin et ce faisant il nous prévient du danger à continuer. Car dans ce cas nous ne sommes pas de taille à affronter la grêle, les agrégats de conscience non reconnus dans le premier Aett. A l’inverse si ce travail a été accompli, la grêle se dissout sous l’action du Feu intérieur, héritage de la concentration de Kenaz et de l’enthousiasme de Wunjo.
Le caractère pénible évoqué ici résultera de l’attachement à des formes obsolètes. Plus l’attachement sera fort, plus le passage sera difficile. Le risque est de s’accrocher aux structures du cycle précédent mais si tout confort résultant d’une installation persistante dans Wunjo doit être abandonné, nous pouvons nous appuyer sur la profondeur et la qualité de ce qui a été vécu, bien plus profondément que nos ressentis habituels.
Là où la première rune du cycle précédent nous enjoignait de nous mettre en mouvement si nous voulions entrer en possession de notre héritage, Hagalaz se montre impitoyable avec toute forme de satisfaction spirituelle. Chaque « belle » intention, chaque « solide » certitude du premier est balayée par la grêle qui détruit toute superficialité. Il nous faut abandonner ici ce qui avait été si chèrement acquis mais nous savons que rester sur place serait emprisonner cette vie dans une gangue bien plus mortelle que la grêle elle-même. Ce qui nous semble une perte de liberté nous amène à retourner vers notre centre, atteindre le point de fusion où le feu emprisonné fera de la glace de la mort l’eau de la vie, ouvrant un nouveau chemin.
